Textes

Dans la série Layers, chaque tableau fonctionne comme l’addition d’une série de calques d’un logiciel de traitement d’image. La méthode de travail peut aussi s’apparenter au sampling ou au collage. Plusieurs couches d’images et de couleurs se confondent et se confrontent. Les réminiscences visuelles réelles ou artistiques (parfois auto-référentielles) sont le matériau d’un travail de peinture qui devient une métaphore des processus de la pensée.

La série Background, contrepoint de la série Site prend comme modèle et motif la touche impressionniste, base de la modernité.
La modestie de sa mise en oeuvre permet un geste compulsif et spontané. Les 3 couleurs primaires choisies pour leur caractère pratique et universel, additionnées à du blanc, génèrent dʼinépuisables possibilités dont celle de tendre indéfiniment vers un gris neutre. Lʼexploration de la couleur et de la lumière se suspend dès que le résultat fait écho à la mémoire picturale.

Ces tableaux au format réduit, des pochades mentales, deviennent alors une possible évocation de détails de peintures historiques, recomposées ou décomposées : nymphéas, ciels flamands, fonds de tableaux néoclassiques...

Dʼapparence expressionnistes ou cinétiques, les tableaux de la série Site sont des reproductions manuelles de dessins automatiques agrandis.
Lʼintention, tendre vers une indifférence impossible, permet de créer une composition invisible à travers un recadrage subtil induisant le hors-champs, lʼinfini. Lʼutilisation du pinceau provoque la rencontre de deux gestes. Lʼun habite lʼautre, le nourrit et le revitalise. Le noir simulé, un gris neutre profond, renforce la planéité du tableau.

Ce système autonome, quasi-autarcique, donne à voir des fragments dʼinconscient, exprime lʼimmanence à travers la retranscription de flux.

 

(…) Quʼest-ce au juste que lʼaura ? Une trame singulière dʼespace et de temps : lʼunique apparition dʼun lointain, si proche soit-il. (…)

Walter Benjamin, Oeuvres, tome 2

(…) Visible et mobile, mon corps est au nombre des choses, il est l’une d’elles, il est pris dans le tissu du monde et sa cohésion est celle d’une chose. Mais, puisqu’il voit et se meut, il tient les choses en cercle autour de soi, elles sont une annexe ou un prolongement de lui-même, elles sont incrustées dans sa chair, elles font partie de sa définition pleine et le monde est fait de l’étoffe même du corps. (…)

L’œil et l’esprit, Maurice Merleau-Ponty

(…) comme tout est plein, ce qui rend toute la matière liée, et comme dans le plein tout mouvement fait quelque effet sur les corps distants, à mesure de la distance, de sorte que chaque corps est affecté non seulement par ceux qui le touchent, et se ressent en quelque façon de tout ce qui leur arrive, mais aussi par leur moyen se ressent encore de ceux qui touchent les premiers, dont il est touché immédiatement : il s’ensuit, que cette communication va à quelque distance que ce soit. Et par conséquent tout corps se ressent de tout ce qui se fait dans l’univers ; tellement que celui qui voit tout, pourrait lire dans chacun ce qui se fait partout et même ce qui s’est fait ou se fera ; (...)

La Monadologie, § 1, Gottfried Wilhelm Leibniz

(…) C’est à soixante-treize ans que j’ai commencé à comprendre la véritable forme des animaux, des insectes et des poissons et la nature des plantes et des arbres. En conséquence, à quatre-vingt-six ans, j’aurai pénétré plus avant dans l’essence de l’art. A cent ans, j’aurai définitivement atteint un niveau merveilleux et, quand j’aurai cent dix ans, je tracerai un point ou une ligne et ce sera la vie. 

Katsuhika Hokusai

 

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